Le dernier des trois-mâts barque français a fait une escale remarquée, ce week-end, quai de la Corse. Ses 16 marins professionnels et 48 apprentis matelots ont appareillé pour Marseille, ce lundi matin. Néanmoins, pendant deux jours, il a fait le bonheur des petits… et des grands qui ont pu le visiter et découvrir son histoire, riche en saveurs et rebondissements.

Le Belem, second des plus grands voiliers restant en France, a commencé sa vie dans les chantiers Dubigeon de Nantes, chantiers qui ont notamment construit le Palinuro, navire école de la Marine italienne. Lancé le 10 juin 1896, 7mois après sa commande, il est affrété par la compagnie nantaise Denis-Crouan et Fils spécialisée dans le transport du cacao pour le compte de la chocolaterie Menier et est affecté à la flotte des Antillais. Ses soutes peuvent transporter jusqu’à 675t de fret.
Jusqu’au 31 janvier 1914, date qui sonne sa retraite commerciale, le voilier effectuera pas moins de 33 campagnes vers Belem au Brésil, mais aussi Montevideo en Urugay, en Martinique, aux Antilles ou encore en Guyane où il ravitaille Cayenne et son bagne.

Du commerce au luxe

Le 11 février 2014, le duc de Westminster rachète le Belem pour la somme de 3 000 livres sterling et le transforme en un luxueux navire de croisière. Le confort que ce soit pour son propriétaire ou ses invités et le maître-mot. Pour ce faire, la partie basse de son imposante voilure est réduite, deux moteurs de 250 sont installés.

Racheté en 1921 par Sir Ernest Guinness, membre de la famille du brasseur de même nom, il est rebaptisé Fantôme II. Son périple au long court lui fera faire de nombreux tours du monde sans toutefois doubler le redouté et redoutable Cap Horn. Ces longs voyages cesseront à l’aube de la Deuxième Guerre Mondiale. Amarré à l’île de Wight, le voilier sera miraculeusement épargné par les bombardements et son aventure avec Sir Ernest Guinness cessera en 1949, à la mort de celui-ci.

Une histoire italienne

En 1952, il appareille pour Venise. Dans la cité des Doges, la fondation Cini, son nouvel acquéreur, entreprend une nouvelle transformation : dortoir dans l’entrepont, gréement transformé en celui d’un trois-mâts goélette, le Giogio Cini est fin prêt pour devenir un navire-école. Les carabiniers italiens qui souhaitent se doter d’un tel bâtiment pour amener ses cadets en mer, le rachètent en 1972 pour la lire symbolique, remplacent ses deux moteurs et remontent sont gréement comme à l’origine en trois-mâts barque. Toujours pour une lire symbolique, les militaires le cèdent en 1976 à un chantier vénitien qui le propose à la vente.

Le retour en France

C’est un passionné de gréement traditionnel, Luc-Olivier Gosse, qui retrouve par hasard le Belem. Racheté par la Caisse d’Épargne, grâce à l’Association pour la Sauvegarde et la Conservation des Anciens Navires Français (ASCANF), le Belem retrouve la France et le port de Brest le 17 septembre 1979. La Fondation Belem est créée en 1980 et la même année, le trois-mâts lui est confié.
Afin de sensibiliser le grand public et de récolter des fonds pour sa restauration, le Belem est amarré à Paris au pied de la Tour Eiffel et y sera en grande partie restauré. En 1984, le trois-mâts sera classé monument historique. Depuis, le navire a entamé une carrière de représentant de la marine à voiles en embarquant des stagiaires pour des sessions de 2 à 10 jours de découverte de la navigation traditionnelle et est présent dans les grands rassemblements internationaux de grands voiliers.